vendredi 15 janvier 2016

Deux amours cruelles de Junichiro TANIZAKI




Deux amours cruelles
Junichiro TANIZAKI
Editions Stock
Littérature japonaise
160 pages
7,50 €


Je suis attirée par la culture japonaise, et bien sûr par sa littérature. Cependant, je ne connais pour le moment que trois auteurs : Haruki MURAKAMI, Takuji ICHIKAWA et Junichiro TANIZAKI. Mais chacune de mes découvertes a été exaltante. Je les ai toutes adorées !

Dans la préface de Deux amours cruelles, Henry MILLER évoque l’effet que produisent sur lui l’art et la littérature japonais. Il le décrit comme un mélange entre le sentiment que ce qu’il lit se déroule sur une autre planète et qu’il s’agit d’une autre espèce que l’on  viendrait de découvrir, et le sentiment qu’il connait déjà tout cela, que tout lui est familier, que c’est  là « l’expression même de l’homme originel, la plus humaine qui soit, la plus universelle de toutes les races de la terre ».
Je suis parfaitement d’accord avec ce mélange de sentiments contradictoires. La littérature japonaise ma laisse perplexe, mais en même temps m’attire à elle et me plonge dans ses subtilités fortes et sensuelles. Même si elle ne constitue pas ma zone de confort littéraire, je l’adore encore et toujours !

Les deux récits rassemblés dans ce livre sont profondément tristes, riche d’émotions et cruelles dans leur conclusion, en ce sens où à chaque fois l’amour ne peut s’exprimer comme il le devrait. Il est bridé, impossible, retenu, frustré.
C’est une merveille littéraire qui m’a un peu, en un sens, rappelé Roméo et Juliette de William Shakespeare. 




Mon avis

-          L’histoire de Shunkin

Ce récit est emprunt de sensation passionnelle et perverse à la fois. L’amour qui unit les deux personnages est à la fois dramatique et passionnel, pervers et sensuel, honteux, dégoutant et viscéral. Mais cet amour ne va pas jusqu’à la destruction. Il est à la limite de l’entendement, mais captivant et compréhensible.

Le récit se situe à la fin du XIXe siècle, dans une société japonaise très regardante vis-à-vis des règles de bienséance. L’héroïne, musicienne aveugle, s’y perd corps et âme, au point d’en cacher sa vraie nature aux us et vus de tous. Or, elle n’est pas la douce et généreuse jeune fille qu’elle laisse voir. En réalité, dans le secret de son intimité, et dans la gestion de sa vie professionnelle, Shunkin est parfaitement égoïste, acerbe, sévère à l’extrême et orgueilleuse. Cependant, elle aime profondément Sasuke, son serviteur, un jeune homme de condition sociale inférieure, ce qui lui fait véritablement honte. Elle n’avouera jamais cet amour et maltraitera celui qui est l’objet de cet amour dégradant.
Sasuke , quant à lui, est absolument amoureux et dévoué à Shunkin. A tel point qu’il cèdera à tout ses caprices, acceptera toutes les maltraitances qu’elle lui infligera et ce jusqu’à la fin de ses jours. Il sera son guide, son serviteur, son élève et son amant.
Sasuke voue à Shunkin une adoration sans limite. Il lui est dévoué au point de s’oublier lui-même. Sa récompense, il la trouve lorsque Shunkin est agressée et blessée dans son orgueil. Il se rend aveugle par amour et elle se radoucit, commence à se libérer des préjugés pour lui accorder un début d’amour véritable.
                                                                                                

-          Ashikari, une coupe dans les roseaux.

Ce second récit est emprunt de douceur et de beauté. On y ressent une sorte d’apaisement, une zenitude dans la description des paysages, le ressenti des personnages.
Ici, l’auteur se fait interpelé par un inconnu au cours d’une promenade en solitaire le soir de la pleine lune du Quinze septembre. Cet inconnu décide de lui raconter l’histoire d’amour qui unit son père à sa tante et à sa mère. Le trio conjugal se trouve lié par un amour hors du commun.
Oyu et Serizawa se voue un amour fort et absolu, élégant et sensuel, tout en restant platonique. C’est bien là leur malheur ! Quand à Oshizu, elle accepte d’épouser Serigawa par amour pour sa sœur. Celui-ci consent à ce mariage dans le but de se rapprocher d’Oyu.
Le triangle amoureux évolue ensemble, comme dans une danse naturelle et étrange à la fois.
Ce récit est particulièrement touchant.


En conclusion, ce livre a été une découverte absolument géniale ! J’ai adoré être dérangée, amusée, triste et ému par leur histoire d’amour à tous.
Je le recommande pour ceux près à découvrir la littérature japonaise, et ceux qui la connaisse déjà !


Lily


Bonne lecture.


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